À l’initiative du groupe Les Républicains, le Sénat a consacré mardi 28 avril un débat sur la santé mentale des jeunes, révélant une préoccupation désormais largement partagée sur tous les bancs : le mal-être d’une partie de la jeunesse s’installe durablement et exige une réponse publique à la hauteur.
Les constats sont connus, mais toujours aussi alarmants. Depuis une dizaine d’années, et plus encore depuis la crise sanitaire, les troubles psychiques touchent des jeunes de plus en plus nombreux et de plus en plus précoces. Cette dégradation s’inscrit dans un contexte multifactoriel avec l’ exposition accrue aux réseaux sociaux, l’isolement, la précarité sociale, l’anxiété liée aux crises contemporaines.
Face à cette situation, tous les intervenants ont pointé les limites d’un système de prise en charge aujourd’hui sous tension. Déserts médicaux en psychiatrie, délais d’attente de plusieurs mois dans les centres médico-psychologiques (CMP), manque de professionnels formés, difficultés d’accès à des soins précoces sont autant de dysfonctionnements qui conduisent trop souvent à des parcours de soins fragmentés et tardifs.
Dans ce débat, la position portée par ma collègue Céline BRULIN notre groupe, s’appuie sur le rapport sénatorial qu’elle a co-rédigé. Elle a rappelé que la situation actuelle constitue une véritable « bombe à retardement » pour la société.
D’abord, redonner des moyens à la psychiatrie publique, et en particulier aux CMP, véritables piliers de la prise en charge. Aujourd’hui, ces structures sont saturées et ne peuvent plus remplir pleinement leur mission de proximité. Il est indispensable de renforcer leurs effectifs et de développer des équipes mobiles capables d’aller vers les jeunes, notamment les plus éloignés du soin.
Ensuite, elle insiste sur l’urgence de revaloriser la pédopsychiatrie. Cette spécialité, essentielle pour intervenir dès l’enfance et l’adolescence, souffre d’un manque d’attractivité et de reconnaissance. Augmenter le nombre de professionnels formés et redonner ses lettres de noblesse à cette discipline constitue un levier central pour améliorer durablement la prise en charge.
La formation de l’ensemble des professionnels de santé est également un enjeu majeur. Trop souvent, les médecins généralistes et les infirmiers se sentent démunis face aux troubles psychiques. Le renforcement de leur formation, ainsi que la mise en place de réseaux structurés autour de psychiatres référents, apparaît indispensable pour garantir des réponses adaptées et coordonnées.
Il faut également évoquer le rôle déterminant de la prévention et du repérage précoce, en particulier dans les milieux scolaire et universitaire. Or, là encore, les moyens manquent avec des postes non pourvus, une attractivité insuffisante et un maillage territorial incomplet.
Ce débat sénatorial met en lumière un consensus sur le diagnostic, mais aussi une attente forte en matière d’action publique. Si des mesures ont été engagées ces dernières années, elles restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins.
La santé mentale des jeunes ne peut plus être traitée comme un angle mort des politiques publiques. Elle appelle une stratégie ambitieuse, cohérente et durable, fondée sur le renforcement des services publics, la prévention et l’égalité d’accès aux soins sur l’ensemble du territoire.
Car derrière les chiffres, ce sont des parcours de vie qui se jouent et, avec eux, l’avenir de toute une génération.


