Marie Claude Varaillas

Face à la désindustrialisation : relancer une ambition industrielle pour la France

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À l’initiative de mon groupe parlementaire, le Sénat a débattu mardi 31 mars d’un enjeu majeur pour l’avenir du pays : quelle nouvelle politique industrielle pour la France face à la désindustrialisation ?

En quarante ans, près de deux millions d’emplois industriels ont disparu et la part de l’industrie dans la richesse nationale est tombée sous les 10 %. Derrière ces chiffres, il y a des territoires fragilisés, des savoir-faire perdus et un sentiment d’abandon profondément ancré.

La France ne pourra pas relever les défis sociaux, économiques et écologiques sans une véritable reconquête industrielle. Cela suppose un changement de cap clair. Il est temps de passer d’un État guichet, qui distribue des aides sans réelle stratégie ni contrepartie, à un État stratège, capable de planifier, d’orienter et de protéger notre appareil productif. L’argent public doit être conditionné à des engagements concrets en matière d’emploi, d’investissement et de maintien des activités sur notre territoire.

Nous avons également alerté sur les dangers de la perte de souveraineté industrielle. La vente de fleurons stratégiques, la dépendance dans des secteurs clés comme le médicament, l’énergie ou les composants industriels, fragilisent notre capacité à faire face aux crises. Réindustrialiser, c’est aussi garantir notre indépendance.

Le débat a mis en lumière l’urgence d’agir pour préserver les filières existantes, notamment dans la sidérurgie, l’automobile, la chimie ou encore l’aéronautique, tout en investissant dans les industries d’avenir liées à la transition écologique. Car contrairement à certaines idées reçues, la transition écologique nécessitera davantage d’industrie, et non moins.

Nous avons aussi insisté sur la nécessité de protéger les chaînes de sous-traitance, aujourd’hui particulièrement exposées, et de mieux réguler les relations entre donneurs d’ordre et PME. Sans cela, les délocalisations continueront d’affaiblir notre tissu productif.

Enfin, la réindustrialisation ne pourra se faire sans les femmes et les hommes qui font l’industrie. Formation, attractivité des métiers, revalorisation des salaires : il y a là un enjeu majeur, alors même que des dizaines de milliers de postes pourraient rester non pourvus dans les années à venir.

Ce débat ouvre des perspectives et trace des lignes de fracture claires entre continuer une politique de l’offre sans condition ou engager une véritable stratégie industrielle au service de l’intérêt général.